Parallèles

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Séparation de l’Eglise et de l’Etat, on y travaille encore aux Etats-Unis…

Posted by Parallèles sur 19 décembre 2006

Il faut que je relaye un truc qui m’a carrément scié, publié aujourd’hui dans le New York Times.

Je résume. David Paszkiewicz est prof d’histoire au lycée depuis 14 ans. Au programme de son cours pour l’équivalent de notre classe de seconde ce semestre, l’histoire de la constitution américaine. Jusque là, tout est normal. Très vite cependant, un élève, Matthew LaClair (16 ans) s’inquiète de certains propos du professeur. Je vous en fais un résumé depuis l’article du NYT: la théorie de l’évolution et du Big Bang ne sont pas scientifiques, il y avait des dinosaures embarqués sur l’arche de Noé, seuls les chrétiens auront une place au paradis, rejeter le Christ est la garantie absolue d’une place en enfer. LaClair fait quelques enregistrements audio en classe, les transmet à la direction du lycée en portant plainte contre son prof.

Bon.

Certes, c’est du costaud et je ne doute pas qu’il y ait déjà des lecteurs français qui seront déjà sciés à ce stade. Cependant, il ne serait pas le premier prof à transformer son cours en prêche, et malheureusement l’intérêt de l’histoire n’est pas là. Non, la surprise vient d’ailleurs et elle est double.

1) Comme le précise l’article, on est pas dans la « Bible Belt », mais à Kerney dans le New Jersey, à quelques kilomètres de Manhattan. Ca c’est la première nouvelle: c’est comme la gangrène et ça commence à remonter. Le bas est tout pourri et le haut commence à suinter sévère. Personnellement, je suis pour l’amputation avant que ça commence à devenir franchement nauséabond un peu trop près.

2) Et là c’est le vrai choc: l’amputation va pas être facile. De loin le plus aberrant dans cette histoire ce sont les réactions à la plainte de Matthew LaClair. L’article nous informe en effet que la très grande majorité des élèves ont pris fait et cause pour leur prof, on (notamment le remplaçant temporaire de Paszkiewicz…) reproche à LaClair d’avoir enfreint le premier amendement en portant atteinte à la liberté d’opinion religieuse de son prof, le renvoi de LaClair du lycée a été demandé sur le site officiel de la ville, la direction du lycée estime que Paszkiewicz « est un excellent enseignant », une enquête a été ouverte qui résultera peut-être en une notation (peut-être un blâme, voire une réprimande! on dirait Coluche sur la police…). N’en jetez plus! Ah ben si: le pompon, je crois que c’est la menace de mort reçue par LaClair…

Pas trop rassurant pour moi, à moins d’un mois de commencer un cours complètement polémique sur les théories du complot de la Peste noire au 11 septembre… Je devrais me retrouver dans un contexte quand même plus ouvert intellectuellement, mais va quand même falloir se méfier plus qu’avant.

D’un autre côté, ça donne encore plus de sens à l’enseignement: la tâche qui est devant tout prof, avancer des arguments, des preuves, démontrer le fonctionnement et le bien fondé des méthodes scientifiques, convaincre, ouvrir les esprits dans la génération qui arrive, tout cela est en toute circonstance d’une grande importance, mais cela devient un enjeu particulièrement lourd, aujourd’hui et dans ce pays.

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Marie Antoinette, Yankee Bushiste à la cour du roi Louis

Posted by Parallèles sur 27 octobre 2006

Je n’en ferai pas mystère: j’aime bien Coppola mais je n’aime pas (euphémisme) ce film. Cependant, une critique parue cette semaine dans le New York Times (le film vient juste de sortir aux Etats-Unis) rachète un peu le film, d’une façon inattendue et peut-être involontaire de la part de Sofia Coppola.

Dans la série « tous les américains ne sont pas des cons, » je vous traduis la fin de cet article de Caroline Weber:

Nous savons vers quel destin la consommation effrénée et le privilège immodéré menèrent Marie-Antoinette. Cependant, Mlle Coppola a choisi d’interrompre son film quelques années avant la révolte sanglante qui fit chuter son trône (et sa tête).

De façon assez étrange, c’est précisément ce refus de traiter la question, ce manque de profondeur — que les détracteurs du film ont eu raison de critiquer — qui donne à la mièvrerie du regard cinématographique de Mlle Coppola un mordant politique d’actualité.

En enrobant l’arrogance et l’ignorance américaine du 21e siècle dans le rafinement couleur pastel de la cour française du 18e siècle, Mlle Coppola a sans le vouloir mis en lumière la patine terne de notre propre âge doré.

Ne prêtant aucun intérêt aux questions politiques épineuses, aucune attention aux conséquences de ses actions, aucun doute au sujet de ce qu’elle croyait lui être dû, cette Marie-Antoinette incarne l’américain d’aujourd’hui dans toute sa laideur: le Yankee bushiste à la cour du roi Louis.

Et comme la royale malade du shopping, dont l’insouciance légère et écervellée l’empêche de saisir tout événement déplaisant à l’extérieur de son palais, nous Américains sommes tout à notre poursuite des plaisirs, alors même qu’un monde plus vaste et plus effrayant réclame à grand cri notre attention.

Mais pourquoi s’inquiéter? La Marie Antoinette de Mlle Coppola, confortablement installée dans sa bulle de décadence sans honte, agit comme si elle gouvernait le monde alors même qu’elle est en train de le détruire. Suivant son exemple on ne peut plus américain, pourquoi ne pas nous estimer en droit de nous faire servir notre gâteau, et le manger?

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Génocide au Rwanda: le faux espoir d’un semblant de justice

Posted by Parallèles sur 25 octobre 2006

Je relaye aujourd’hui une information publiée par Le Monde concernant l’ouverture hier à Kigali d’auditions publiques par une commission d’enquête rwandaise sur le génocide de 1994. Au passage l’article nous rappelle (et malheureusement/heureusement apprendra à certains) un chiffre dont il est très difficile de se faire une représentation juste: 800.000 morts en 100 jours (estimation haute reprise par Le Monde). Je me rends bien compte que comparer ces chiffres revient toujours à les trivialiser, mais des images fortes peuvent aider à réaliser en partie l’ampleur de l’horreur. Il s’agirait grosso modo d’exécuter toutes les 18 heures, pendant 100 jours, sur un territoire à peine plus grand que la Sicile, le nombre de personnes tuées sur les routes de France en une année. La guerre en Iraq aurait fait 655.000 morts civils mais en un peu plus de trois ans (estimation haute et débattue).

Au cours des auditions qui devraient durer jusqu’au 31 octobre, 25 personnes seront entendues, et leurs témoignages diffusés à la radio. « Nous allons convoquer notamment d’anciens miliciens auxquels les Français ont appris à tuer et ont ordonné de le faire, ainsi que des rescapées qui accusent des soldats français de viol », a déjà prévenu Jean-Paul Kimonyo, l’un des membres de la commission. La commission pourrait décider de déposer des plaintes devant la Cour internationale de justice (CIJ).

Mardi, la première audition, celle de l’ancien ambassadeur rwandais en France – après le génocide -, Jacques Bihozagara, a rappelé que le combat judiciaire était loin d’être terminé. « Les Français ont envoyé des soldats, des armes, formé des tueurs et érigé des barrages pour rendre plus facile aux meurtriers leur mission d’extermination des Tutsis », a-t-il affirmé au cours de son audition.

Cela veut-il dire que des responsables français seront entendus pas cette commission? On peut en douter. D’abord parce que Le Monde rapporte que le ministère des affaires étrangères n’a reçu aucune demande en ce sens. Mais surtout parce que le plus révoltant dans cette histoire est que (si j’ai bien compris), ces accusations ne sont que l’annonce de mesures de rétorsions éventuelles au cas où la France déciderait d’émettre des mandats d’arrêts contre les dirigeants rwandais actuels. En attendant, le bilan judicaire est de 28 personnes condamnées par Tribunal pénal international pour le Rwanda. En 12 ans, et vu le nombre de victimes, ça fait quand même un peu léger… En attendant, la France et le Rwanda vont probablement continuer à s’affronter à procédure mouchetée jusqu’à ce que les responsables d’un côté comme de l’autre soit à la retraite. Navrant.

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