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[Réponse] Philippe Val, Intellectuel De Médias

Posted by Parallèles sur 28 octobre 2006

[Post en réponse à un article de Sébastien Fontenelle que je féliciterais pour son blog si seulement il avait des trackbacks]

Pour que les choses soient claires d’entrée: je n’aime ni Val, ni Revel, ni Bruckner, ni BHL. Maintenant que ce point d’importance est réglé (en tout cas pour moi), passons aux choses moins sérieuses.

Je suis d’accord que la phrase de Val n’a certainement rien de nouveau et que le mot de « racisme » est plus que très mal choisi. Je ne sais pas si tu as des comptes à régler avec Val (mais vu le vitriol déversé ici, je dirais oui) et je suis tout à fait d’accord pour que tu les règles. En fait, même si je n’étais pas d’accord ça ne changerait pas grand chose vu que tu es ici chez toi et que tu y fais ce que tu veux. Mais bon, je commence déjà à faire du hors-sujet, alors passons vite.

Je me permettrai quand même quelques remarques. Tout d’abord, il est difficile de te suivre lorsque tu dis que « Bruckner et Val disent rigoureusement la même chose. » C’est faux, en tout cas au vu des phrases que tu cites ici. Bruckner est plongé bien plus profond dans l’ineptie en laissant entendre que l’extrême gauche française d’aujourd’hui préfèrerait encore le nazisme au libérateur américain. Peut-être que le fond de la pensée de Val est identique, mais tu devrais alors le démontrer en analysant son propos. Ce qui est difficile avec une seule phrase. Je dis pas ça pour te reprocher d’avoir fait des coupes mais parce que je peux pas acheter Charlie Hebdo pour vérifier moi-même que c’est bien le fond de la pensée de l’accusé. Si tu citais un peu plus de l’article pour le critiquer et l’identifier à Bruckner, tu me rendrais ainsi un double service.

Ensuite, comme je l’ai déjà dit plus haut, le terme de « racisme » est effectivement extrêmement mal choisi et « xénophobie » vaut à peine mieux. On ne peut pas pour autant se voiler la face et dénier qu’il y a bien un fond d’anti-américanisme assez fort et assez spécifique à la France, de même qu’à l’inverse on trouve aux Etats-Unis un sentiment anti-français assez répandu et qui a ses caractéristiques et son histoire propres. (Au passage, peut-être que tu voudras éviter d’utiliser le terme « yankee » (équivalent de boche, rital, rosbif, polac, ruskoff pour d’autres pays) qui s’il n’est pas franchement raciste décrédibilise quand même un peu ton propos ici de façon assez ironique).

Ce qui est assez paradoxal pour moi en lisant ton article, c’est que c’est justement dans les médias que je vois le plus souvent ce fond d’anti-américanisme, ou plutôt des tentatives pour l’exploiter. Pour être juste, ça n’est pas chez les « intellectuels des médias » comme tu les appelles, mais plutôt dans les médias « populaires », et en particulier dans les JTs. As-tu déjà remarqué le talent avec lequel, lorsqu’il s’agit de représenter l’opinion américaine sur telle ou telle question d’actualité, l’envoyé spécial arrive le plus souvent à trouver un taré, de préférence du midwest et avec une casquette, qui profèrera devant la caméra française les aberrations les plus ridicules (attaquons la Corée du Nord à l’arme nucléaire! Yeah!). Il n’est pas très difficile de comprendre qu’il s’agit-là de brosser le téléspectateur dans le sens du poil, de flatter son égo. En d’autres termes, il s’agit d’utiliser ce soit-disant « américain moyen » comme d’un tremplin pour propulser le niveau d’analyse et la finesse de lecture du téléspectateur français vers des hauteurs inespérées. Et en fin de compte, dans un pays comme dans l’autre (car le sentiment anti-français n’a pas d’autre fonction aux Etats-Unis) il s’agit de réifier ses propres prétentions à l’universalisme en disqualifiant le seul autre compétiteur de la planète en la matière.
Le monde est en effet complexe, et les Etats-Unis sont un pays plus complexe que 300 millions de rednecks contre Michael Moore. Mais c’est cependant cette représentation des Etats-Unis qu’une bonne partie des médias cherche à véhiculer et à conforter. C’est un jeu dangereux parce qu’il contribue à creuser les antagonismes et en fin de compte semble donner raison, à l’intérieur des Etats-Unis, aux néo-cons qui cherchent à convaincre qu’une bonne partie du reste de la terre hais ou méprise le pays et complote pour l’attaquer. Tu pourras toujours rétorquer qu’on se fout bien de donner raison aux neo-cons à l’intérieur des Etats-Unis et que c’est le problème des Américains qui n’ont que ce qu’ils méritent, mais à la vue de l’ampleur des dégats que les neo-cons ont déjà réussi à infliger au reste du monde je dirais qu’il serait assez irresponsable de continuer à apporter de l’eau à leur moulin électoral.

Au sujet des neo-cons justement. Tu pourrais légitimement parler ici de très-cons, ça je veux bien, mais avec « néo-cons français » je crois que tu commets une erreur. Ce n’est pas un reproche car il te faudrait avoir le loisir (et l’envie) de vivre aux Etats-Unis ou du moins de pouvoir t’intéresser de plus près à l’actualité politique américaine récente pour te rendre compte que « néo-cons français » est presque une contradiction dans les termes. Il peut bien y avoir des partisans français de la politique étrangère de l’administration américaine actuelle, mais je crois que ceux-là auraient assez de mal à les suivre sur l’ensemble du programme. Ceux qui en France soutiendraient justement ce versant intérieur du programme neo-cons, notamment dans ses aspects religieux et dans son attaque en règle des libertés civiles, seraient les mêmes qui se retrouveraient opposés à la politique étrangère américaine de ces dernières années (pas de confusion: je pense bien sûr ici à l’anti-impérialisme tendance extrême-droite). Le programme dans son ensemble ne fait sens que dans son contexte américain, même s’il peut y avoir des affinités internationales sur tel ou tel point. Ce qui d’ailleurs n’excuse en rien ceux que tu appelles quand même « neo-cons français » de se poser en soutiens d’une politique détestable…

Mais sur le fond, nous sommes bien d’accord: il faut bien faire la distinction entre anti-impérialisme et anti-américanisme. Ne serait-ce que pour des raisons pragmatiques, les anti-impérialistes se tireraient une balle dans le pied en s’aliénant les citoyens américains : la meilleure chance de mettre un frein sinon un terme à la politique américaine actuelle est dans les mains du peuple américain. Le plus gros noyau des anti-neo-cons se trouve quand même au pays des neo-cons, il faudrait voir à ne pas l’oublier en dépit de la façon dont les médias (américains mais pas seulement) cherchent à les occulter.

Pour finir, je ne vois pas de trackback sur ton blog, ça n’est pas bien, tu me feras deux heures de colle.

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