Parallèles

Juste un blog en parallèle

Les ‘barbares’ de Rebsamen

Posted by Parallèles sur 22 octobre 2006

Commençons par préciser que je ne suis ni Rebsamenien (si le mot existe), ni Ségoliste, juste un peu dérangé par le flou artistique avec lequel certains mots sont employés, la désinvolture avec laquelle certaines attaques sont formulées, et le fait que les blogs contribuent à renforcer ces tendances déjà visibles dans les médias traditionnels. Je n’ai pas grand intérêt pour la question du choix du candidat du PS, ça m’est assez égal. Voilà déjà un problème de réglé.

Guy Birenbaum a eu pas mal de réactions suite à son post sur l’emploi du mot ‘barbares’ par François Rebsamen, n° 2 du PS et qui ambitionnerait de devenir le ministre de l’Intérieur de Ségolène Royal.

Avant de discuter un peu du terme de ‘barbare,’ j’aimerais d’abord m’arrêter sur deux passages du post de Birenbaum:

Des barbares qui n’ont pas de civilisation !

Mais Jean-Marie Le Pen n’aurait pas pu le dire mieux !

et un peu plus loin:

Il faut que vous sachiez aussi, qu’il [Rebsamen] est franc-maçon, membre du Grand-Orient de France, une loge qui prône l’humanisme, la fraternité, le débat, le dialogue et qui attache beaucoup d’importance à l’éducation …

Je ne vois pas au juste l’intérêt de mentionner le fait que Rebsamen est franc-maçon. Comme le post de Birenbaum à son égard n’est pas franchement sympathique, on pourrait supposer que la remarque n’est pas anodine. On pourrait avoir l’impression que l’emploi du mot ‘barbares’ révèlerait alors que les valeurs d’humanisme, de fraternité, de débat et de dialogue ne sont prônées que cyniquement par le franc-maçon Rebsamen pour masquer un programme politique opposé. On pourrait alors supposer que la diatribe de Birenbaum contre Rebsamen a une fonction métonymique: Rebsamen représenterait à lui seul la grande tartufferie du Grand-Orient (qui au passage n’est pas une « loge ») dont on pourrait supposer alors que les membres ont encore beaucoup d’autres choses à cacher. Et nous savons bien qui, parmi d’autres, suggèrent que les franc-maçons ne sont pas si francs et ourdissent on ne sait trop quoi en secret.
Je ne crois vraiment pas que ce soit ce que Birenbaum voulait suggérer mais on peut lui faire remarquer au passage qu’avant d’accuser les autres d’employer la rhétorique de Le Pen, il faut bien prendre garde de ne pas s’exposer soi-même au même genre de critique. Critiques, critiqués, on a l’impression que tout le monde a du mal à s’empêcher de marcher sur les terres de Le Pen. Il faut être prudent car il y a des termes connotés qu’il faut toujours employer avec beaucoup de clarté pour ne pas se retrouver accusé à tort.

Au sujet du mot ‘barbare’ maintenant, je pense qu’il faut aller à l’étymologie du mot, puisqu’en précisant « qu’ils n’ont pas de civilisation » c’est bien là je crois que Rebsamen voulait en venir. ‘Barbare’ (bar-bar) est la façon dont les Grecs représentaient phonétiquement toutes les langues de ceux qui ne parlaient pas grec (nous dirions en France quelque chose comme ‘blah-blah-blah’, ou mieux, nous parlons encore de charabia, un mot qui est censé représenter un bruit confus de paroles). La langue étant un des fondements d’une civilisation, les Grecs (aussi ethnocentriques que les Français) considéraient donc que les barbares n’avaient pas de civilisation. Les autres sens du terme barbare, ceux que nous employons le plus communément aujourd’hui, dérivent par extension du fait que les contacts avec ces peuples extérieurs (à la périphérie, ou si vous voulez dans la banlieue de la Grèce antique) étaient le plus souvent hostiles et violents. Vu sous cet angle, s’il faut reconnaître que le mot peut choquer, l’analogie ne serait pas sans pertinence: il y a bien à nos périphéries des groupes humains qui parlent une autre langue que nous ne comprenons pas et avec qui les contacts sont au mieux tendus, au pire violents. Là où Rebsamen s’égare c’est lorsqu’il suppose que la charge de s’éduquer pour adoucir les contacts et relations avec l’autre repose entièrement sur l’autre, c’est-à-dire sur le barbare. Il me semble que l’effort doit être partagé, et qu’il faut d’abord s’éduquer soi-même à chercher ce que peut être la civilisation du barbare et en quoi elle est similaire à la notre. Grecs et Barbares, habitants des centres et des périphéries, nous sommes tous le barbare de quelqu’un d’autre…

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