Parallèles

Juste un blog en parallèle

Archive for octobre 2006

[Réponse] Philippe Val, Intellectuel De Médias

Posted by Parallèles sur 28 octobre 2006

[Post en réponse à un article de Sébastien Fontenelle que je féliciterais pour son blog si seulement il avait des trackbacks]

Pour que les choses soient claires d’entrée: je n’aime ni Val, ni Revel, ni Bruckner, ni BHL. Maintenant que ce point d’importance est réglé (en tout cas pour moi), passons aux choses moins sérieuses.

Je suis d’accord que la phrase de Val n’a certainement rien de nouveau et que le mot de « racisme » est plus que très mal choisi. Je ne sais pas si tu as des comptes à régler avec Val (mais vu le vitriol déversé ici, je dirais oui) et je suis tout à fait d’accord pour que tu les règles. En fait, même si je n’étais pas d’accord ça ne changerait pas grand chose vu que tu es ici chez toi et que tu y fais ce que tu veux. Mais bon, je commence déjà à faire du hors-sujet, alors passons vite.

Je me permettrai quand même quelques remarques. Tout d’abord, il est difficile de te suivre lorsque tu dis que « Bruckner et Val disent rigoureusement la même chose. » C’est faux, en tout cas au vu des phrases que tu cites ici. Bruckner est plongé bien plus profond dans l’ineptie en laissant entendre que l’extrême gauche française d’aujourd’hui préfèrerait encore le nazisme au libérateur américain. Peut-être que le fond de la pensée de Val est identique, mais tu devrais alors le démontrer en analysant son propos. Ce qui est difficile avec une seule phrase. Je dis pas ça pour te reprocher d’avoir fait des coupes mais parce que je peux pas acheter Charlie Hebdo pour vérifier moi-même que c’est bien le fond de la pensée de l’accusé. Si tu citais un peu plus de l’article pour le critiquer et l’identifier à Bruckner, tu me rendrais ainsi un double service.

Ensuite, comme je l’ai déjà dit plus haut, le terme de « racisme » est effectivement extrêmement mal choisi et « xénophobie » vaut à peine mieux. On ne peut pas pour autant se voiler la face et dénier qu’il y a bien un fond d’anti-américanisme assez fort et assez spécifique à la France, de même qu’à l’inverse on trouve aux Etats-Unis un sentiment anti-français assez répandu et qui a ses caractéristiques et son histoire propres. (Au passage, peut-être que tu voudras éviter d’utiliser le terme « yankee » (équivalent de boche, rital, rosbif, polac, ruskoff pour d’autres pays) qui s’il n’est pas franchement raciste décrédibilise quand même un peu ton propos ici de façon assez ironique).

Ce qui est assez paradoxal pour moi en lisant ton article, c’est que c’est justement dans les médias que je vois le plus souvent ce fond d’anti-américanisme, ou plutôt des tentatives pour l’exploiter. Pour être juste, ça n’est pas chez les « intellectuels des médias » comme tu les appelles, mais plutôt dans les médias « populaires », et en particulier dans les JTs. As-tu déjà remarqué le talent avec lequel, lorsqu’il s’agit de représenter l’opinion américaine sur telle ou telle question d’actualité, l’envoyé spécial arrive le plus souvent à trouver un taré, de préférence du midwest et avec une casquette, qui profèrera devant la caméra française les aberrations les plus ridicules (attaquons la Corée du Nord à l’arme nucléaire! Yeah!). Il n’est pas très difficile de comprendre qu’il s’agit-là de brosser le téléspectateur dans le sens du poil, de flatter son égo. En d’autres termes, il s’agit d’utiliser ce soit-disant « américain moyen » comme d’un tremplin pour propulser le niveau d’analyse et la finesse de lecture du téléspectateur français vers des hauteurs inespérées. Et en fin de compte, dans un pays comme dans l’autre (car le sentiment anti-français n’a pas d’autre fonction aux Etats-Unis) il s’agit de réifier ses propres prétentions à l’universalisme en disqualifiant le seul autre compétiteur de la planète en la matière.
Le monde est en effet complexe, et les Etats-Unis sont un pays plus complexe que 300 millions de rednecks contre Michael Moore. Mais c’est cependant cette représentation des Etats-Unis qu’une bonne partie des médias cherche à véhiculer et à conforter. C’est un jeu dangereux parce qu’il contribue à creuser les antagonismes et en fin de compte semble donner raison, à l’intérieur des Etats-Unis, aux néo-cons qui cherchent à convaincre qu’une bonne partie du reste de la terre hais ou méprise le pays et complote pour l’attaquer. Tu pourras toujours rétorquer qu’on se fout bien de donner raison aux neo-cons à l’intérieur des Etats-Unis et que c’est le problème des Américains qui n’ont que ce qu’ils méritent, mais à la vue de l’ampleur des dégats que les neo-cons ont déjà réussi à infliger au reste du monde je dirais qu’il serait assez irresponsable de continuer à apporter de l’eau à leur moulin électoral.

Au sujet des neo-cons justement. Tu pourrais légitimement parler ici de très-cons, ça je veux bien, mais avec « néo-cons français » je crois que tu commets une erreur. Ce n’est pas un reproche car il te faudrait avoir le loisir (et l’envie) de vivre aux Etats-Unis ou du moins de pouvoir t’intéresser de plus près à l’actualité politique américaine récente pour te rendre compte que « néo-cons français » est presque une contradiction dans les termes. Il peut bien y avoir des partisans français de la politique étrangère de l’administration américaine actuelle, mais je crois que ceux-là auraient assez de mal à les suivre sur l’ensemble du programme. Ceux qui en France soutiendraient justement ce versant intérieur du programme neo-cons, notamment dans ses aspects religieux et dans son attaque en règle des libertés civiles, seraient les mêmes qui se retrouveraient opposés à la politique étrangère américaine de ces dernières années (pas de confusion: je pense bien sûr ici à l’anti-impérialisme tendance extrême-droite). Le programme dans son ensemble ne fait sens que dans son contexte américain, même s’il peut y avoir des affinités internationales sur tel ou tel point. Ce qui d’ailleurs n’excuse en rien ceux que tu appelles quand même « neo-cons français » de se poser en soutiens d’une politique détestable…

Mais sur le fond, nous sommes bien d’accord: il faut bien faire la distinction entre anti-impérialisme et anti-américanisme. Ne serait-ce que pour des raisons pragmatiques, les anti-impérialistes se tireraient une balle dans le pied en s’aliénant les citoyens américains : la meilleure chance de mettre un frein sinon un terme à la politique américaine actuelle est dans les mains du peuple américain. Le plus gros noyau des anti-neo-cons se trouve quand même au pays des neo-cons, il faudrait voir à ne pas l’oublier en dépit de la façon dont les médias (américains mais pas seulement) cherchent à les occulter.

Pour finir, je ne vois pas de trackback sur ton blog, ça n’est pas bien, tu me feras deux heures de colle.

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Marie Antoinette, Yankee Bushiste à la cour du roi Louis

Posted by Parallèles sur 27 octobre 2006

Je n’en ferai pas mystère: j’aime bien Coppola mais je n’aime pas (euphémisme) ce film. Cependant, une critique parue cette semaine dans le New York Times (le film vient juste de sortir aux Etats-Unis) rachète un peu le film, d’une façon inattendue et peut-être involontaire de la part de Sofia Coppola.

Dans la série « tous les américains ne sont pas des cons, » je vous traduis la fin de cet article de Caroline Weber:

Nous savons vers quel destin la consommation effrénée et le privilège immodéré menèrent Marie-Antoinette. Cependant, Mlle Coppola a choisi d’interrompre son film quelques années avant la révolte sanglante qui fit chuter son trône (et sa tête).

De façon assez étrange, c’est précisément ce refus de traiter la question, ce manque de profondeur — que les détracteurs du film ont eu raison de critiquer — qui donne à la mièvrerie du regard cinématographique de Mlle Coppola un mordant politique d’actualité.

En enrobant l’arrogance et l’ignorance américaine du 21e siècle dans le rafinement couleur pastel de la cour française du 18e siècle, Mlle Coppola a sans le vouloir mis en lumière la patine terne de notre propre âge doré.

Ne prêtant aucun intérêt aux questions politiques épineuses, aucune attention aux conséquences de ses actions, aucun doute au sujet de ce qu’elle croyait lui être dû, cette Marie-Antoinette incarne l’américain d’aujourd’hui dans toute sa laideur: le Yankee bushiste à la cour du roi Louis.

Et comme la royale malade du shopping, dont l’insouciance légère et écervellée l’empêche de saisir tout événement déplaisant à l’extérieur de son palais, nous Américains sommes tout à notre poursuite des plaisirs, alors même qu’un monde plus vaste et plus effrayant réclame à grand cri notre attention.

Mais pourquoi s’inquiéter? La Marie Antoinette de Mlle Coppola, confortablement installée dans sa bulle de décadence sans honte, agit comme si elle gouvernait le monde alors même qu’elle est en train de le détruire. Suivant son exemple on ne peut plus américain, pourquoi ne pas nous estimer en droit de nous faire servir notre gâteau, et le manger?

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Pour un remix 2006 de Séguin ’95

Posted by Parallèles sur 27 octobre 2006

Je regardais la 2e partie du documentaire de France 2 sur Jacques Chirac et en voyant le passage où Philippe Séguin proclame a la tribune du RPR qu’il ne sert à rien de débattre parce que Balladur est déjà élu, j’ai commencé à m’interroger… Qui sera le Séguin de cette campagne? J’ai comme l’impression que ça aurait plus de chance de se passer au PS pour l’instant, car à l’UMP, on ne voit personne qui serait en mesure de profiter d’une chute de Sarkozy pour l’instant. Au PS en revanche… vu l’ambiance du débat d’hier on peut se demander s’il ne pourrait pas y avoir un second couteau à la lame bien tranchante qui dans l’entourage de Fabius ou de DSK pourrait être chargé de régler son compte à Royal. En fait, j’ai bien l’impression qu’une stratégie similaire à celle de Séguin en 95 commence juste à être mise en oeuvre, quoique de façon plus indirecte: « on » s’efforce en ce moment de faire le maximum pour que la position de favorite des sondages plombe subitement Ségolène Royale, pour la faire couler comme un traité constitutionnel plongé dans un bain de référendum. Je n’aime pas le procédé, mais pour être franc, je n’aurais rien contre le résultat.

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Vous avez dit navrante? Comme c’est navrant…

Posted by Parallèles sur 26 octobre 2006

« la mise en ordre de ce grand jardin, la France, dont les agriculteurs illustrent si bien les vraies valeurs. »

cette phrase effectivement un peu nunuche a été lachée par Ségolène Royal et reprise dans un article récent sur kelblog. L’auteur du blog pense que « cette campagne s’annonce navrante » et je suis bien d’accord avec lui: cette campagne sera plus navrante que les précédentes, et en grande partie grâce aux analyses politiques des Loïc, des Pierre, et bientôt sûrement des
Régis.

On peut craindre de voir ces réflexions de haut vol se multiplier (en particulier sur typepad?) afin de populariser l’analyse critique (ou plutôt son absence) et valider la stratégie rhétorique d’un candidat. On peut se demander au passage pourquoi ce candidat-là n’a pas son propre blog comme certains autres. Peut-être que son semi-échec lorsqu’il a voulu moucher le p’tit Kassovitz l’a un peu échaudé et lui a fait voir les dangers du blog… Peut-être qu’il trouve déjà assez bien son compte à laisser faire les scribouillards de l’ère numérique: cela permet de faire du populisme de masse par délégation, sans avoir à passer à la télé et donc sans se mouiller personnellement.

Revenons à l’article de kelblog pour illustrer tout ça. On démarre sur un premier paragraphe dont on ne sait pas trop s’il vise à fustiger le populisme de Ségolène Royal ou à se lamenter du fait que Sarkozy se soit vu voler la vedette en la matière (une petite pointe de jalousie peut-être?):

Avec sa proposition décoiffante sur la création de « jurys de citoyens » tirés au sort, chargés d’évaluer l’action des élus et qui pourraient éventuellement les sanctionner, Ségolène confirme son grand talent de communicatrice. Après « l’encadrement militaire » des jeunes délinquants, elle parait décidemment prête à tout pour gagner l’élection. Elle semble surtout capable de faire accepter par le PS un catalogue de propositions contre lesquelles beaucoup auraient protesté si Sarko (par exemple) s’y était risqué.

Phrase suivante. Ah oui, une petite pointe de jalousie et de rancoeur qui pousse, ça se confirme. Mais sans percer complètement:

Je trouve que cette campagne s’annonce navrante, elle l’est peut-être moins pour le monde médiatique fasciné par les « propositions de Ségo »?

Je me demande si kelblog se serait interrogé de la sorte lorsque Nicolas Sarkozy faisait, par exemple, des propositions sur la responsabilité des juges (autre mesure populiste, elle aussi complètement impraticable en raison des fondements de notre droit et de l’organisation de nos institutions judiciaires). Ah, le bon vieux temps. Il y a un an. Quand le champ médiatique était libre pour Sarko. Le bon vieux temps j’vous dis. Passons.

Une autre de ses propositions est passée presque inaperçue alors qu’elle aurait mérité de retenir l’attention: il s’agit des agriculteurs.

Ah, voilà le vert. Ségolène passe au vert! Super. On a l’explication du titre et on sait maintenant où on va puisque kelblog va nous expliquer que Ségolène Royale a fait une proposition démagogique à l’intention des agriculteurs et nous démontrer qu’il s’agit là aussi d’une proposition « décoiffante » qui révèle que Ségolène Royale est « prête à tout pour gagner l’élection ».

Ségo propose aux agriculteurs(à l’exception des céréaliers qui bénéficient déja d’un très haut niveau de subvention de la PAC) de prendre leur retraite à taux plein dés 50 ans avec un niveau garanti de deux fois le SMIC, plus 100 euros pour les veuves, les invalides de guerre et les éleveurs du Larzac.

Voilà pour la proposition démagogique. OK. Maintenant l’analyse critique:

Ceci afin de reconnaître l’importance de leur rôle pour « la mise en ordre de ce grand jardin, la France, dont les agriculteurs illustrent si bien les vraies valeurs ».

Bon d’accord, la phrase est très con. J’imagine qu’elle devait servir à contextualiser la proposition qui est « décoiffante » parce que…

Faut-il être surpris que Sego dispute les agriculteurs à la droite? En tout cas pour un amoureux de la nature comme moi, cela donne à réfléchir …

Heureux que l’auteur de kelblog soit un amoureux de la nature et que la proposition en question l’ait poussé à réfléchir. Maintenant le résultat de cette réflexion? Le voici:

Bien du chemin a été parcouru par les socialistes depuis ce fameux débat il y a 20 ans où Fabius lançait à Le Pen: « vous donnez de mauvaises réponses à de bonnes questions ».

Ca y est. Je suis paumé. Le rapport avec la proposition faite aux agriculteurs? Le voici:

Et justement … après les djeuns chez les militaires, les élus au tribunal, et les agriculteurs au Club Med (lol)…en réfléchissant bien … quelle pourrait bien être sa prochaine proposition? les paris sont ouverts!

Et voilà. Le post est fini. Je résume: « Ségo » est une vilaine démago, si habile dans sa démagogie qu’elle arrive à faire avaler des propositions de droite aux socialistes et qu’elle arrive même à voler la vedette à « Sarko ». Elle ne fait rien qu’à faire des propositions décoiffantes pour amadouer les journalistes (et donc l’opinion? pense peut-être l’auteur de kelblog qui a peut-être oublié ce qui c’était passé lors du dernier référendum). Tenez, prenez par exemple sa dernière proposition pour les agriculteurs. C’est du même tonneau. Elle donne à réfléchir à l’homme de la campagne (un connaisseur donc). Ca lui rappelle (bien évidemment) cette phrase de Fabius à Le Pen il y a plus de vingt ans. Ah ça oui. Les propositions de Ségo sont démago, et on en a pas encore vu la fin.

Je peux résumer encore plus: Ségo est démago, ses propositions sont donc démago, sa proposition pour les agriculteurs est donc démago, ce qui prouve bien que Ségo est démago.

Moi aussi je peux faire simple :

Ségo et Sarko sont sur un bateau,
Pierrot et Lolo rament dans l’eau.
Qui tombe en premier?

Oui, oui, tout cela est navrant. Et le plus navrant dans cette histoire c’est que la proposition en question est sûrement criticable. Mais la critique est déjà passée à la trappe. Escamotée. Elle n’a servi que de tremplin pour permettre à la stigmatisation de rebondir. Jusqu’au prochain saut. Demain sûrement. Une nouvelle proposition. Un nouveau billet. Un nouveau Régis.

Pourquoi ne pas faire la critique moi-même alors? Parce que je roule pour Ségolène? Houla. Loin de moi cette idée. Il est déjà à peu près acquis que je ne voterai pas pour elle. Non, tout simplement parce que contrairement à d’autres je ne crois pas avoir à infliger mes réflexions politiques aux aimables visiteurs de la « blogosphère ». N’est-ce pas ce que je viens de faire quand même? Non. Je ne fais que commenter sur ce que je suis bien placé pour commenter: la façon dont on vient d’essayer de me manipuler personnellement. Je n’aime pas ça et je le dis.

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Génocide au Rwanda: le faux espoir d’un semblant de justice

Posted by Parallèles sur 25 octobre 2006

Je relaye aujourd’hui une information publiée par Le Monde concernant l’ouverture hier à Kigali d’auditions publiques par une commission d’enquête rwandaise sur le génocide de 1994. Au passage l’article nous rappelle (et malheureusement/heureusement apprendra à certains) un chiffre dont il est très difficile de se faire une représentation juste: 800.000 morts en 100 jours (estimation haute reprise par Le Monde). Je me rends bien compte que comparer ces chiffres revient toujours à les trivialiser, mais des images fortes peuvent aider à réaliser en partie l’ampleur de l’horreur. Il s’agirait grosso modo d’exécuter toutes les 18 heures, pendant 100 jours, sur un territoire à peine plus grand que la Sicile, le nombre de personnes tuées sur les routes de France en une année. La guerre en Iraq aurait fait 655.000 morts civils mais en un peu plus de trois ans (estimation haute et débattue).

Au cours des auditions qui devraient durer jusqu’au 31 octobre, 25 personnes seront entendues, et leurs témoignages diffusés à la radio. « Nous allons convoquer notamment d’anciens miliciens auxquels les Français ont appris à tuer et ont ordonné de le faire, ainsi que des rescapées qui accusent des soldats français de viol », a déjà prévenu Jean-Paul Kimonyo, l’un des membres de la commission. La commission pourrait décider de déposer des plaintes devant la Cour internationale de justice (CIJ).

Mardi, la première audition, celle de l’ancien ambassadeur rwandais en France – après le génocide -, Jacques Bihozagara, a rappelé que le combat judiciaire était loin d’être terminé. « Les Français ont envoyé des soldats, des armes, formé des tueurs et érigé des barrages pour rendre plus facile aux meurtriers leur mission d’extermination des Tutsis », a-t-il affirmé au cours de son audition.

Cela veut-il dire que des responsables français seront entendus pas cette commission? On peut en douter. D’abord parce que Le Monde rapporte que le ministère des affaires étrangères n’a reçu aucune demande en ce sens. Mais surtout parce que le plus révoltant dans cette histoire est que (si j’ai bien compris), ces accusations ne sont que l’annonce de mesures de rétorsions éventuelles au cas où la France déciderait d’émettre des mandats d’arrêts contre les dirigeants rwandais actuels. En attendant, le bilan judicaire est de 28 personnes condamnées par Tribunal pénal international pour le Rwanda. En 12 ans, et vu le nombre de victimes, ça fait quand même un peu léger… En attendant, la France et le Rwanda vont probablement continuer à s’affronter à procédure mouchetée jusqu’à ce que les responsables d’un côté comme de l’autre soit à la retraite. Navrant.

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Autain en hausse

Posted by Parallèles sur 23 octobre 2006

Bien mieux que la vidéo « Le meilleur de Sarkozy », Clémentine Autain a reproduit sur son blog sa tribune parue dans le Libération du 23 octobre 2006. C’est beaucoup plus construit que du montage vidéo sensationnaliste, et c’est tant mieux. On pourra simplement regretter que cette tribune ne soit pas plus spécifique: beaucoup trop de mots en -isme (libéralisme, autoritarisme, populisme, individualisme, capitalisme, …) trop usés, trop creux, trop rhétoriques s’ils ne sont pas illustrés d’exemples précis. La partie de la tribune qui se veut concrète:

Concrètement, nous devons partir des besoins et réorienter les fonds publics vers les activités socialement utiles, mobiliser l’outil fiscal pour redistribuer les richesses entre les individus et les territoires, augmenter les bas salaires et les minima sociaux, sécuriser les parcours de travail et de vie, assurer une continuité du contrat de travail, et donc des droits, ainsi qu’un filet de sécurité en matière de revenu, consolider et étendre les services publics.

est encore un peu trop vague à mon goût. Quels fonds publics? Ceux qui proviennent de quel instrument particulier de l' »outil fiscal »? Orienter ces fonds vers quelles activités? Quelle est ici la définition de l’utilité sociale? Seuls « augmenter les bas salaires et les minima sociaux » passe à peu près le test (quoiqu’on se demande naturellement « de combien? »).

Je ne cherche pas à blâmer Clémentine Autain car je suis sûr qu’elle a des réponses spécifiques à ces questions (voir plus bas). Je veux juste faire remarquer que nous avons là une illustration d’un problème que pose les médias journalistiques traditionnels dans leur format et leur fonctionnement: on peut imaginer que l’espace trop réduit qui lui était imparti dans les colonnes de Libération l’a forcée à recourir à ces épouvantails. Heureusement qu’il y a encore ces bons vieux livres (Clémentine Autain en a écrit plusieurs) et que les nouveaux médias offrent des possibilités dans ce domaine. Mais attention, ils peuvent donner lieu à pire, c’est à dire à une reprise des travers des médias traditionnels en général et de la télé en particulier (voir la vidéo « le meilleur de Sarkozy ») confinant ainsi au degré zéro de la critique, ou à mieux, comme avec le programme en ligne de la gauche d’alternative que soutient Clémentine Autain. Je ne juge pas ici du fond de ce programme, mais de la forme que je vous invite à comparer à celle de la tribune d’aujourd’hui et surtout à cette vidéo en ligne que je mentionne plus haut. J’espère que vous y verrez comme moi une certaine gradation dans l’intelligence et le côté constructif.

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Générateur d’attaques ad-hominem

Posted by Parallèles sur 23 octobre 2006

Candidates, candidats: à vos bookmarks! Petites-phrases.com vient de réaliser un magnifique générateur d’attaques ad-hominem et la page promet d’être un des musts des mois à venir. Les staffs de candidats doivent déjà se battre pour acquérir cette technologie éblouissante.

Voici quelques-unes des oeuvres du générateur:

Christine Boutin, depuis sa salve inconcevable accusant des salariés du privé, confirme une nouvelle fois ses penchants petit-bourgeois refoulés

Olivier Besancenot, en raison de son pamphlet gratuite accusant des salariés du public, illustre encore une fois son appartenance au parti de l’Etranger.

Dominique Voynet, par sa salve ignoble ciblée contre des producteurs de Chabichou, prouve comme d’habitude son euroscepticisme rétrograde.

Christine Taubira, en raison de sa boutade raciste taclant des Smicards revendicatifs, illustre une nouvelle fois sa faiblesse de discernement.

Bon, il reste quelques bugs à corriger (pour éviter les fautes de grammaire et les boutades racistes de Taubira), mais ça promet.

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Loïc, Albert et Pierre-Augustin

Posted by Parallèles sur 22 octobre 2006

Loïc Le Meur a publié une interview très instructive sur son blog. Très instructive car elle peut permettre d’illustrer à merveille la définition du mot « obséquiosité » pour ceux qui ne connaissent pas ce mot. [For our english-speaking friends who might somehow end up here since the interview was made in english, you’d never use « obsequiousness » and I believe you would best describe the interview as a rare and extremely talented performance in brown-nosing.]

Ca fait quand même bizarre tout ce respect pour l’étiquette aristocratique sur un blog dont l’auteur et pas mal de visiteurs ne semblent jurer que par le modèle méritocratique (sans aide de l’Etat s’il-vous-plaît)… Précisons que cette étiquette n’a pas grand chose à voir avec la civilité, la politesse, ou le savoir-vivre, mais n’est qu’un pur instrument de distinction sociale qui permet aux Alberts de tenir les Loïcs à distance, malgré tout ce qu’ils ont en commun (une vie dédiée au blogging, une grande maîtrise de la langue anglaise, être des acteurs majeurs du monde d’aujourd’hui, la coupe de cheveux, la liste est sans fin…).

A ceux qui pensent que le titre de « Monseigneur » doit être employé car c’est l’usage, je vous laisse méditer Beaumarchais:

« l’usage est souvent un abus »

Tiens, Beaumarchais peut aussi servir à ceux qui pensent que le titre est tout simplement mérité (je me demande au passage si Albert Grimaldi signe « Monseigneur » les chèques de pension alimentaire qu’il envoie pour ses enfants abandonnés).:

« Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. »

Enfin, Beaumarchais peut nous servir à tous pour porter une appréciation générale sur l’interview de Loïc Le Meur:

« la sottise et la vanité sont compagnes inséparables »

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Les ‘barbares’ de Rebsamen

Posted by Parallèles sur 22 octobre 2006

Commençons par préciser que je ne suis ni Rebsamenien (si le mot existe), ni Ségoliste, juste un peu dérangé par le flou artistique avec lequel certains mots sont employés, la désinvolture avec laquelle certaines attaques sont formulées, et le fait que les blogs contribuent à renforcer ces tendances déjà visibles dans les médias traditionnels. Je n’ai pas grand intérêt pour la question du choix du candidat du PS, ça m’est assez égal. Voilà déjà un problème de réglé.

Guy Birenbaum a eu pas mal de réactions suite à son post sur l’emploi du mot ‘barbares’ par François Rebsamen, n° 2 du PS et qui ambitionnerait de devenir le ministre de l’Intérieur de Ségolène Royal.

Avant de discuter un peu du terme de ‘barbare,’ j’aimerais d’abord m’arrêter sur deux passages du post de Birenbaum:

Des barbares qui n’ont pas de civilisation !

Mais Jean-Marie Le Pen n’aurait pas pu le dire mieux !

et un peu plus loin:

Il faut que vous sachiez aussi, qu’il [Rebsamen] est franc-maçon, membre du Grand-Orient de France, une loge qui prône l’humanisme, la fraternité, le débat, le dialogue et qui attache beaucoup d’importance à l’éducation …

Je ne vois pas au juste l’intérêt de mentionner le fait que Rebsamen est franc-maçon. Comme le post de Birenbaum à son égard n’est pas franchement sympathique, on pourrait supposer que la remarque n’est pas anodine. On pourrait avoir l’impression que l’emploi du mot ‘barbares’ révèlerait alors que les valeurs d’humanisme, de fraternité, de débat et de dialogue ne sont prônées que cyniquement par le franc-maçon Rebsamen pour masquer un programme politique opposé. On pourrait alors supposer que la diatribe de Birenbaum contre Rebsamen a une fonction métonymique: Rebsamen représenterait à lui seul la grande tartufferie du Grand-Orient (qui au passage n’est pas une « loge ») dont on pourrait supposer alors que les membres ont encore beaucoup d’autres choses à cacher. Et nous savons bien qui, parmi d’autres, suggèrent que les franc-maçons ne sont pas si francs et ourdissent on ne sait trop quoi en secret.
Je ne crois vraiment pas que ce soit ce que Birenbaum voulait suggérer mais on peut lui faire remarquer au passage qu’avant d’accuser les autres d’employer la rhétorique de Le Pen, il faut bien prendre garde de ne pas s’exposer soi-même au même genre de critique. Critiques, critiqués, on a l’impression que tout le monde a du mal à s’empêcher de marcher sur les terres de Le Pen. Il faut être prudent car il y a des termes connotés qu’il faut toujours employer avec beaucoup de clarté pour ne pas se retrouver accusé à tort.

Au sujet du mot ‘barbare’ maintenant, je pense qu’il faut aller à l’étymologie du mot, puisqu’en précisant « qu’ils n’ont pas de civilisation » c’est bien là je crois que Rebsamen voulait en venir. ‘Barbare’ (bar-bar) est la façon dont les Grecs représentaient phonétiquement toutes les langues de ceux qui ne parlaient pas grec (nous dirions en France quelque chose comme ‘blah-blah-blah’, ou mieux, nous parlons encore de charabia, un mot qui est censé représenter un bruit confus de paroles). La langue étant un des fondements d’une civilisation, les Grecs (aussi ethnocentriques que les Français) considéraient donc que les barbares n’avaient pas de civilisation. Les autres sens du terme barbare, ceux que nous employons le plus communément aujourd’hui, dérivent par extension du fait que les contacts avec ces peuples extérieurs (à la périphérie, ou si vous voulez dans la banlieue de la Grèce antique) étaient le plus souvent hostiles et violents. Vu sous cet angle, s’il faut reconnaître que le mot peut choquer, l’analogie ne serait pas sans pertinence: il y a bien à nos périphéries des groupes humains qui parlent une autre langue que nous ne comprenons pas et avec qui les contacts sont au mieux tendus, au pire violents. Là où Rebsamen s’égare c’est lorsqu’il suppose que la charge de s’éduquer pour adoucir les contacts et relations avec l’autre repose entièrement sur l’autre, c’est-à-dire sur le barbare. Il me semble que l’effort doit être partagé, et qu’il faut d’abord s’éduquer soi-même à chercher ce que peut être la civilisation du barbare et en quoi elle est similaire à la notre. Grecs et Barbares, habitants des centres et des périphéries, nous sommes tous le barbare de quelqu’un d’autre…

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Military Commissions Act: will our American friends please rise up?

Posted by Parallèles sur 20 octobre 2006

(traduction française en commentaire):

I’m a permanent resident of the United States, I’m not a citizen but my wife and son are, and I see what’s happening here as an outsider but ‘from the inside.’ I simply cannot believe the step this administration has just taken here: this goes well beyond some of the most outrageous move we’ve seen in recent years. The de facto cancellation of the habeas corpus (it is not simply suspended) in a country which at other times and in other circumstances held so dear and so high the values of liberty and democracy, is already an event of considerable proportion. But what amazes me most, and this is why I’m posting here, is the weakness, not to say the absence, of a reaction on the part of the American people.

I need you, American people, to tell me what’s going on here These are genuine, non-rhetorical, not ironic (this is not a funny topic) questions: why are you not protesting this more vigorously? do you just consider this new law will have little to no effect on law-abiding citizens? do you think a change of political majority in the mid-term elections will be enough to stop what’s happening here? if you’re as concerned as I am, do you plan on doing anything about it?

It is actually this last question that helped me better realize the seriousness of what’s just happened here: wouldn’t you think twice before protesting a law that has just come into effect and basically allows the authorities to arrest and detain you for as long as they want, without any need to formally charge you with anything else than being an « unlawful enemy combattant, » whether you’re an american citizen or not. Think it’s crazy and wouldn’t apply to anyone else than the random guys picked on the battlefield in Afghanistan? Try to remember when Bush said that those who had leaked information about the wiretapping program « were helping the terrorists »? What is now preventing him from saying that they provided moral if not material support to terrorists, how would that be any different from simply labeling them « unlawful enemy combattant » themselves? What would prevent the authorities from arresting and jailing them indefinitely? Legally, nothing.

I tend to think that Keith Olbermann sometimes exaggerates and distorts quite a bit, and sometimes borders on doing some fear-mongering of his own, but I have to say that I’m with him on this one and have to agree with everything in his last comment on the topic:

To balance the view of the professional, trained media person who makes a living out of being a media person, here’s a different perspective: please check the opinion of « Reluctant Redneck » on all this. Actually, it’s not balancing, it’s reinforcing:

I’m not too sure that I agree with him that this process can now be reversed that easily, simply by putting democrats back in charge and drafting new laws. This is a pretty serious dent in the cornerstone of the political system…

Also, I’m generally very sceptical of fallacious historical comparisons and unsubstantiated labeling, but I believe there’s a case to make here that this time, this could well be the beginning of a fascist state. I never thought I’d use that word to describe a current political regime, especially in this country. How sad…
I’m looking forward to your comments here, because the feeling that this will pass quietly as if nothing had happened is really bothering and worrying me.

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